Bâtir une famille pour ceux qui n’en ont pas

24 mars 2022

Le ciel gris est lourd au-dessus du secteur de Saint-Janvier et le vent du nord souffle fort sur le boulevard du Curé-Labelle. La fine pluie est suffisante pour faire fondre la neige et pour créer une accumulation de boue devant le Centre d’Hébergement Multiservice de Mirabel (CHMM). Lorsqu’on sonne à la porte de l’édifice, le directeur du centre M. Jean-Sébastien Renaud répond immédiatement. Il ne veut pas que qui que ce soit ayant sonné quitte en attendant que quelqu’un vienne ouvrir la porte.

« C’est très difficile pour une personne d’admettre qu’elle a besoin des services du centre. Lorsqu’elles se présentent ici, elles ont épuisé leurs options et n’ont nulle part où aller », explique M. Renaud. Jamais il ne les fera attendre.

Sanctuaire temporaire
Le travail qu’il effectue avec son équipe est essentiel. Ensemble, ils permettent d’héberger des jeunes adultes en situation d’itinérance ou à risque d’être en situation d’itinérance. La durée maximale d’un séjour au centre est de trois mois.

Il faut comprendre que l’itinérance a sa source dans d’autres types de problèmes. Elle est le symptôme de la toxicomanie, de l’exclusion sociale et des troubles de santé mentale. Il ne suffit pas d’héberger, il faut adresser la cause de l’itinérance chez les gens qui font appel aux services du centre.

Dans l’édifice, les murs sont blancs et minces. Le décor est minime et froid. « C’est assez modique », mentionne M. Renaud. Il a tort. Pour un jeune dormant dans la rue, un petit lit simple est reposant. Pour un jeune qui ne sait pas d’où viendra son prochain repas, les aliments dans le réfrigérateur sont nourrissants. Pour un jeune qui n’a jamais vraiment eu de famille, la chaleur conviviale du centre est épanouissante. Pour eux, le CHMM n’est pas modique, il est un sanctuaire. C’est un endroit où ils peuvent, du moins pour quelques mois, s’échapper de la rue et prendre le temps d’acquérir les compétences qui mèneront à leur réinsertion sociale.

L’horloge qui tourne
Le temps est un concept important pour les personnes en situation d’itinérance. Échapper au froid, échapper à la faim, échapper au jugement de la société, ce sont toutes des choses qui occupent l’entièreté de leur temps et ce temps est passé dans la rue.

C’est dans cet endroit que doivent exister les gens qui se donnent comme mission d’aller à leur rencontre. Gabriel Lemay est travailleur de rue sur le territoire de Mirabel et travaille avec le CHMM. « Il faut exister dans leur milieu et occuper les mêmes espaces pour faciliter la communication. Mais la rue est constamment en changement et c’est donc difficile de construire des relations qui durent », raconte-t-il.

L’existence des organismes et endroits comme le CHMM est ainsi essentielle. Pour la durée du séjour, il est plus facile de connecter avec les jeunes. Il est plus facile de construire une relation d’être qu’une relation d’aide. Lorsqu’ils ont un toit au-dessus de leur tête et que le temps ne s’acharne plus sur eux, ils sont plus réceptifs aux apprentissages.

« Pour un travailleur de rue, il n’y a rien de plus important que l’empathie. Il faut être capable de vivre le malaise des autres. On voit de proche les souffrances et c’est un regard qui facilite la compréhension », mentionne M. Lemay.

Guérir les afflictions et trouver sa voie
Ce sont ces souffrances que Jean-Sébastien Renaud tente également de soulager. « Cent pour cent des jeunes adultes qui viennent au CHMM ont une douleur quelconque et nous faisons tout ce que nous pouvons pour les aider, mais ce ne sera jamais suffisant », indique-t-il.

M. Renaud souligne le travail important des intervenants du centre et explique qu'ils sont également les intermédiaires entre les jeunes et les ressources spécialisées dont ils ont le plus besoin. Son équipe et lui font régulièrement le lien entre les résidents et le Carrefour jeunesse-emploi de Mirabel, des conseillers pédagogiques, des médecins et des psychologues.

Tout le travail est fait pour permettre leur retour en société. Au centre, ils apprennent à cuisiner, à conserver une bonne hygiène et à entretenir des relations avec les autres. Dans certains cas, ils se découvrent une passion et le centre leur donne les outils nécessaires pour la poursuivre. Avoir une vocation est primordial pour donner un sens à la vie et M. Renaud pousse les jeunes à la découvrir, ce qui entraînera un soulagement de leurs douleurs. « Ici, nous représentons la famille des jeunes. C’est impossible de remplacer un père ou une mère, mais ce n’en est pas moins essentiel dans leur échelle de rééducation », dit-il.

M. Renaud n’a pas eu le choix. Il dit que sa vocation lui a été assignée, qu’il ne pourrait pas faire autre chose de sa vie. Il réalise qu’il y aura toujours des jeunes dans le besoin et que son travail ne sera jamais accompli. Pour certains, cela pourrait devenir décourageant, mais le progrès démontré par les jeunes en cours de route lui suffit. Assis dans son bureau adjacent à la cuisine du centre, jamais rien ne le fera plus sourire que le son de jeunes qui rient en se faisant à souper de l’autre côté de la porte.

Depuis juillet 2020, la Ville de Mirabel est fière d’avoir mis sur pied une politique de reconnaissance et de soutien aux organismes partenaires. Tout organisme communautaire, culturel ou sportif répondant aux critères de reconnaissance peut faire parvenir une demande de reconnaissance à la direction du Service des loisirs, de la culture et de la vie communautaire en utilisant le formulaire disponible dans la section Organismes. Ensuite, faites parvenir votre formulaire complété à loisirs@mirabel.ca.

Bas de vignette : Le directeur du CHMM, M. Jean-Sébastien Renaud (centre), accompagné de l'adjointe à la direction, Mme Kim Lebeau (gauche), et de l'intervenante, Mme Roxanne Paiement (droite).

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