À l'écoute de ceux qui parlent peu

23 mars 2022

Les rencontres entre les agriculteurs et les travailleurs de rang ne se font pas dans un bureau ou dans une salle de conférence. Elles se font dans des chaises en bois sur le balcon d’une résidence alors que le silence s’installe sur les champs et que les derniers rayons du crépuscule ne sont qu’une faible lueur au-dessus des vastes étendues vertes de plants de maïs. Elles se font dans un tracteur au milieu d’un champ de soya dans la sécheresse d’août alors que le bruit et les vibrations du moteur rendent la conversation difficile.

Pour les travailleurs de rang d’Écoute agricole, il n’y a pas de mauvais endroit pour rencontrer les agriculteurs. Tant qu’il est possible de discuter, il est possible de les aider. Leur rôle est d’être à leur écoute pour les soutenir face à l’anxiété et à la dépression qui tendent à s’acharner sur les travailleurs des terres.

Briser l’isolement
Écoute agricole est un organisme né en 2015 et qui travaille pour alléger le fardeau de détresse psychologique sur les agriculteurs. Il œuvre dans les Laurentides et en Outaouais. La Ville de Mirabel soutient l’organisme depuis ses débuts puisqu’il ne reçoit pas de financement de la part du gouvernement.

Bernard Laurin, le fondateur et lui-même un producteur laitier, connaissait très bien l’isolement sur une ferme. Conscient de la grande difficulté d’entretenir des relations humaines pour les gens dans sa profession, il tenta de remédier à cet enjeu en créant un organisme qui serait adapté aux contraintes de la réalité des agriculteurs et auquel ils pourraient tous se référer dans leurs moments plus difficiles.
« Nos travailleurs de rang sont des intervenants psychosociaux qui ont des habiletés interpersonnelles extrêmement développées », affirme la directrice générale, Magalie Noiseux-Laurin. Les services de l’organisme sont disponibles en tout temps.

Contrer le sentiment d’impuissance
Puisque l’agriculture est une profession à la merci de la sécheresse, du gel, d’ententes économiques défavorables, de réglementations environnementales restrictives et du prix du grain, plusieurs circonstances incontrôlables pèsent sur ceux et celles qui l'exercent, ce qui mène à des sentiments d’impuissance et de détresse.

Il n’y a pas de solution miracle pour dissiper ces pensées négatives. C’est un processus qui pourrait s’avérer long et ardu dans lequel s’embarquent les travailleurs de rang chaque fois qu’ils rencontrent un agriculteur pour la première fois.

Julie Bourbonnière, qui est travailleuse de rang pour Écoute agricole dans les Laurentides, a déjà procédé à une intervention auprès d’un agriculteur dans une moissonneuse-batteuse. « Puisque les agriculteurs manquent toujours de temps et que leurs horaires sont imprévisibles, je dois constamment m’adapter à leur réalité. Je dois me montrer aussi résiliente et passionnée par mon travail qu’eux », explique-t-elle.

Cette résilience nécessaire dans l’exercice des fonctions agricoles, mentionne Mme Bourbonnière, peut cependant s’avérer un désavantage dans les questions d’anxiété, de détresse psychologique et d’épuisement. Les agriculteurs, par la nature de leur travail, sont des personnes extrêmement débrouillardes et qui ont l’habitude de régler leurs problèmes elles-mêmes ; il n’est pas dans leurs habitudes de demander de l’aide.

« Avec tout le travail qui a été fait dans les dernières années pour démystifier les troubles de santé mentale dans la société, nous voyons beaucoup de progrès et nous remarquons aussi que les agriculteurs ont moins de difficulté à demander de l’aide », confie Mme Bourbonnière.

L’organisme a fait plus de 600 interventions pendant la période allant de l’été 2020 à l’été 2021. De ce nombre, environ la moitié des demandes a été faite par les agriculteurs eux-mêmes. L’autre moitié a été faite par des tiers, soit des amis ou des membres de leur famille, qui contactent Écoute agricole afin de les référer à des agriculteurs qui ont besoin d’aide, mais ne savent pas comment en demander.
Le travail de rang est ardu, mais nécessaire. C’est une tâche difficile, mais qui vient grandement en aide aux agriculteurs qui ne prennent jamais de repos; eux qui s’isolent à l’année longue pour produire la nourriture que tous mettent sur leur table.

Bas de vignette : dans l'ordre habituel, on aperçoit Magalie Noiseux-Laurin, directrice générale, Julie Bourbonnière, travailleuse de rang, et Magalie Noiseux-Laurin.

Actualité suivante

Mirabel appuie l’UMQ pour l’Ukraine